Posts Tagged ‘roman graphique’

Trait de craie

6 mai 2014

Amis dévoreurs de Bd ou esthètes dégustateurs de perle rare, ne vous engagez dans cette aventure si vous n’aimez pas les récits qui ne se finissent pas ou, pire pour certains, les récits qui laissent toute grande ouverte la porte de leur univers !

Car cet album est une étrange aventure sur une petite île qui apparaît tel un « trait de craie » perdu au milieu de l’océan. Pol y débarque avec son voilier après deux jours de tempête. Un phare désaffecté, une auberge épicerie, un autre bateau qui vient d’accoster tel est le monde qui s’offre aux yeux du plaisancier. La tenancière Sara, son fils énigmatique, des goélands morts ensanglantés peuplent, avec la nouvelle arrivante, Ana, cet ilot intriguant.

Avec un usage singulier des couleurs, quelques traits, quelques touches, les planches sont de véritables tableaux tout en finesse mais aussi à jamais envoûtants, énigmatiques, maintenant sans cesse le lecteur entre rêve et réalité. C’est beau, c’est frais et soudain, dur, oppressant, déconcertant. Sans cesse notre lecture bascule sans trop savoir ce qui se trame en ses relations exacerbées par ce lieu clos.

Bref, un récit réservé aux grands navigateurs de l’âme humaine qui acceptent d’être déboussolés et blackboulés dans leurs aventures d’explorateurs !

Trait de craie de Miguelanxo Prado chez Casterman, première édition en août 1993, 82 pages

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Ibicus

1 mai 2014

Ibicus ? C’est le litre d’un roman d’Alexis Tolstoï datant des années 20 que Pascal Rabaté achète par erreur aux puces… croyant découvrir une œuvre de l’auteur de « Guerre et Paix » qui, lui, s’appelle Léon Tolstoï !?! Et ce fut le coup de foudre… qui valut au dessinateur, pour le Tome 2, le Prix du meilleur album de l’année 2000 à Angoulême.

Cette libre adaptation se révèle être une très grande œuvre graphique, une histoire époustouflante sur l’imposture !

Siméon Ivanovitch Nevzorov, comptable à Petrograd, s’ennuie au lit, au bureau. Il rêve et voilà que la Révolution de 1917 va lui apporter sur un plateau ces aventures qu’il désirait tant mais qu’il repoussait. Son cynisme et son opportunisme vont pouvoir s’en donner à cœur joie ! La prédiction d’une vieille gitane se met enfin en place. Elle lui avait révèlé qu’il était né sous le signe du crâne qui parle : l’ibicus, et lui avait donc prédit que lorsque le monde s’écroulerait dans le feu et le sang il vivrait des aventures extraordinaires, mais qu’il serait riche !

Le voici embarqué jusqu’en Turquie dans un voyage plein de péripéties, d’arnaques, de violence, de misère, de sexe et de drogue ! C’est cruel, dérisoire, amoral ! C’est passionnant ! L’âme humaine y est ici rendue dans sa noirceur et son malheur !

A la fois peinture, à la fois théâtre de papier, le dessin en noir et blanc avec ses clairs-obscurs, avec ses angles fuyants, distordus, avec ses découpages ou ses larges plages, épouse le destin torturé du personnage, ses fuites, ses lâchetés. Pascal Rabaté fait feu de tout « bois » en mélangeant les techniques graphiques. Il lave et délave ses feuilles ou les épaissit de matière. Passant du lavis à la peinture, traçant en finesse des courbes au pinceau ou jetant la gouache comme au couteau, il s’arrête au minuscule comme il campe des panoramiques impressionnants avec des champs et des contrechamps, des formes stylées ou distordues, des nets ou des flous. Quel souffle !

Du très grand art expressionniste !

Ibicus, Série complète de 4 tomes de Pascal Rabaté, Vents d’Ouest édités de juin 1998 à novembre 2001, édition intégrale de 536 pages en novembre 2006

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Incertain Silence

17 avril 2014

Ces planches sont consacrées à Joe, un sosie de Buster Keaton, peintre muet et itinérant en ce début de siècle.

Sa rencontre avec Jim, poète bavard et lourd, va troubler son errance et le faire s’empêtrer entre petites frappes et policiers, tandis que d’autres artistes en goguette vont lui faire découvrir une jeune modèle dont il tombe amoureux..

Le trait noir de François Ayroles est superbe en lui-même. Mais il réussit aussi, sur fond de conversation muette, un superbe ballet primesautier avec ses personnages haut en couleur, tout entier taillé, cisaillé de noir et de blanc… C’est drôle, c’est grâve, c’est touchant !

Un magnifique album rocambolesque digne d’un Charlot des temps modernes !

Incertain silence de François Ayroles, L’association, collection « L’éperluette », Septembre 2001, 92 pages

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Maus

15 mars 2014

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Ces deux volumes sont devenus un classique de la Bande Dessinée, un classique à lire et à relire tant ces pages sont fortes d’émotion et de transmission.

L’auteur, Art Spiegelman, décide de mettre en dessin l’histoire de son père, survivant des camps de concentration nazis. Il choisit pour cela de dessiner les protagonistes de ce drame sous la forme d’animaux : les souris pour les juifs, les chats pour les allemands, les porcs pour les polonais… Il ne s’agit pas simplement d’un pieds de nez à Mickey, mais d’une réflexion sur l’animalité de l’homme.

Au lecteur de faire son travail d’appropriation aidé par la lucidité de l’auteur vis-à-vis des tics de son survivant de père, par la distance que les dessins arrivent à tenir face à tant d’horreurs innommables et irreprésentables, par la sobriété pleine d’humour des planches qui ne cherchent pas à prendre en otage.

Une œuvre majeure !

Maus d’Art Spiegelman édité chez Flammarion en janvier 1987 et octobre 1992

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Tout seul

18 février 2014

Lu par Farff :

Un conte, un poème, je ne sais pas quel mot décrit le mieux cette BD où l’imagination est le personnage principal.  Seul dans un phare un homme vit sa vie… seul son dictionnaire lui permet de s’évader de sa prison…

On ne se lasse pas de relire cette BD, de l’ouvrir à une page au hasard pour y redécouvrir les planches comme le fait si bien le personnage de cette BD.

Très peu de texte, un trait fin en noir et blanc, ce sont les détails qui construisent la trame de cette histoire. Je la rapprocherais de « Là où vont nos pères » même si le dessin est très différent.

Si vous voulez vous évader, vous laisser entraîner par le rythme des vagues, plongez-vous dans ce conte !

Lu par Percevoir :

Des pages de silence, de vent et de temps. Des planches entières sans parole avec comme seul rythme la beauté répétitive des traits en noir et blanc, le travail des expressions, des attitudes des personnages.. Que cela fait du bien ! Quel art !

Ce nouvel album de Chabouté nous plonge dans l’énigme d’une vie dont le navire immobile est une phare. Son capitaine n’a jamais mis pied à terre, voguant à coup de mots trouvés au hasard d’un dictionnaire. 50 années au ras des flots, entre poissons, embruns et mouettes…

Merci à « Vents d’Ouest » d’accepter de publier de telles planches où le dessin de Chabouté peut prendre le rythme de cette atmosphère dans laquelle il nous convie d’entrer, de cet autre temporalité à laquelle il veut nous convier. L’encrage noir peut ainsi venir trancher à perte de blanches pages déployant en une densité palpable l’univers de ce phare.

Un chef d’œuvre sur l’énigme de l’humanité !

Tout seul de Christophe Chabouté chez Vents d’Ouest, paru en septembre 2008, 376 pages au format 17×24,5

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From Hell

15 février 2014

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Et si Jack l’éventreur était en réalité le médecin de la Reine Victoria agissant en service commandé pour remettre de l’ordre dans ce qui pourrait faire chuter la Couronne ?

Telle est l’hypothèse de cet extraordinaire album qui nous conduit à la suite de Frédéric Abberline, fraîchement promu à Scotland Yard, dans le quartier populaire de Whitechapel dont il connaît la misère et l’enfer…

Le dessin de Campbell fait de hachure recrée avec délectation les ambiances des quartiers londoniens des années 1890 et sait rendre de superbes plans fixes envoûtants.

Certes, cette grande fresque de 576 pages se mérite. Elle éprouve, elle demande du temps, de la patience. Mais quelle force sombre ! Quelle atmosphère ! Quelle psychologie ! C’est encore mieux qu’au cinéma !

From Hell (S : Alan Moore; D: Eddie Campbell), Delcourt, Collection “Contrebande”, octobre 2000, 576 pages

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Une chance sur un million

7 février 2014

Couverture Une chance sur un million

Une leçon d’humanité!

Laia naît. Dès les première heures, les médecins s’affolent. Le diagnostic tombe: Laia est handicapée. Cris et Miguel, les dessinateurs, scénaristes mais avant tout les parents racontent ici les épreuves qu’ils ont eu à surmonter. Entre les examens médicaux, l’aide de la famille, des amis, les massages, le boulot, les regards intolérants, nous suivons ce couple tout au long des premières années de vie de Laia, une enfant rayonnante avec un regard enjôleur. Malgré un thème dur, redouté, les parents racontent ici avec simplicité et force leur histoire. Ce tome, plein d’émotions, nous apporte une vrai leçon d’humanité.

Les dessins s’alignent avec le ton employé: des lignes simples, des dessins en noir et blanc qui appuient la force des sentiments des personnages.

A lire, relire.

On retrouve des airs de « Pillules bleues » : la vie quotidienne d’un couple confronté à une rude épreuve mais aussi de « l’ascension du haut mal » avec le combat des parents avec le handicap et la représentation ‘du mal’.

Une chance sur un million, (S : Miguel Giner Bou ; D : Cristina Duran) Dargaud, mars 2010

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une chance sur un million

Le journal de mon père

27 janvier 2014

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Après « Quartier lointain », nous continuons sur les mangas de Jirô Taniguchi. C’est une très belle entrée en matière pour les personnes non initiées aux mangas. Non, DragonBall Z n’est pas l’exemple type d’un manga !

Yoichi Yamashita revient dans son village natal pour la mort de son père, après 15 ans sans avoir donné de nouvelles. Relation père-fils, incompréhension du fils face au divorce, départ de la mère, un père qui se tue à la tâche… tout au long de la veillée funèbre, les membres de la famille relatent les souvenirs et font découvrir à Yoichi des facettes de son père inconnues de lui.

Grâce à ses dessins très fins tout en dégradé de gris et à des flashbacks très bien utilisés, Jirô Taniguchi nous entraîne dans cette histoire de famille touchante.

Le journal de mon père, de Jirô Taniguchi, chez Casterman 2004

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Le journal de mon père

Le voyage

25 janvier 2014

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Certaines de ces planches en noir et blanc vous resteront dans les yeux tant le graphisme de Baudoin sait rendre palpable ce que vivent ses personnages en lien avec leur environnement.

L’histoire, elle, vous restera dans le coeur tant l’itinéraire de cadre parisien, qui plaque tout, est attachant de découvertes rudes, belles, sensuelles, émouvantes.

Baudoin a fait là oeuvre de poésie et d’humanité : un grand moment tracé à l’encre noire sur 198 pages !

Le Voyage, Edmond Baudoin, L’Association, collection Ciboulette, septembre 1996, 198 pages

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Sous son regard

29 décembre 2013

Un beau pavé de noir et blanc, directement issu du style Comics américain.

Marc Malès revisite ici avec beacoup de brillo une atmosphère policière sur fond d’intrigue psychologique, servie par un art narratif qui sait inverser les rapports humains et faire plonger son lecteur dans les abymes mystérieuses et troublantes d’une vie.

Jack Barton, un policier en fin de carrière, devant les réactions médusées de ses collègues, décide de prendre des jours de congés… Cela ne lui ressemble guère… mais, en fait, sa carrière approchant de sa fin, il veut résoudre une énigme qui le taraude depuis l’affaire du « Gang Packard »

Jack Barton s’installe donc dans une petite ville perdue au fond des Etats-Unis des années 50, pour venir roder autour de Foster, un ancien braqueur qui a payé sa dette et semble s’être rangé…

Se tisse alors une superbge toile humaine où entre passé et présent, entre bien et mal, le lecteur tente de se laisser saisir par les mensonges de l’histoire, les fausses extrapolations qui minent une vie, les énigmes d’une existence qui se déchiffre à grands coups de passages bibliques

Donc : un superbe polar, mais aussi, un beau roman graphique aux magnifiques encrages contrastés.

Sous son regard, de Marc Malès, édité en octobre 2009 par Vents d’Ouest, 144 pages au format 22,8x 32,3 cm

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