Posts Tagged ‘autobiographie’

Pilules Bleues

20 avril 2014

Cet album est un chef d’œuvre d’intimité !

Si vous aimez ce genre autobiographique, si vous acceptez la beauté austère d’une histoire qui ne peut tolérer la fausse pudeur ni l’exhibitionnisme racoleur… alors Frederik Peeters vous offre un autre regard sur la vie à travers un couple qui se forme et affronte ensemble la séropositivité.

Les planches en noir et blanc sont épurées, lumineuses mais tendues. Les personnages y gagnent une étonnante intensité expressive avec les grands yeux de Cati, le regard très impressionnant, exorbité, de son enfant.

Une grande tendresse s’en dégage avec humour, profondeur et poésie. Les dialogues sont aussi d’une extraordinaire finesse, délicate, attachante… jusque dans la rencontre d’un Mammouth !

Un monument de vie !

Pilules Bleues de Frederik Peeters chez Atrabile, collection « Flegme », octobre 2001, 190 pages

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L’Ascension du Haut mal

16 avril 2014

Quand le dessin rend une autobiographie universelle !

Il faudra en tout 6 tomes à David B pour raconter l’histoire de cette maladie qui entraîne son frère Jean Christophe et toute sa famille.

C’est à la fois la société des années 70 qui se dévoile avec sa macrobiotique, ses utopies communautaires, son anthroposophie… et en même temps toute l’intimité d’un enfant qui cherche à grandir et qui trouve dans le dessin sa voie pour survivre et vivre.

Car l’épilepsie (le Haut Mal en vieux français) met au banc de la société toute cette famille, les offre en proie aux gourous et aux charlatans jusqu’aux déchirements, aux plus grandes trahisons. David B en tire des planches époustouflantes d’exploration intérieure, tour à tour symbolistes, expressionnistes, minutieuses, factuelles. A travers ses réactions, l’ambivalence de ses sentiments vis-à-vis de son frère, David B livre à son lecteur éberlué, intimidé, tout ce qui va nourrir son univers intérieur d’aventure, d’ésotérisme et de fantastique.

Qui a dit que l’autobiographie était narcissique ?

Un grand chef d’œuvre de la Bande Dessinée à parcourir dans son entier. Personne n’en sort indemne tant chacun peut se sentir atteint au plus profond de son être, entre culpabilité et colère, entre sidération et émerveillement !

L’Ascension du Haut mal, de David B en 6 tomes chez L’Association, Collection « Esperluette », de novembre 1995 à octobre 2003

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Les Mauvaises Gens

31 mars 2014

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Etienne Davodeau fait revivre à travers ses personnages très attachants le monde ouvrier et ses  combats dans la région des Mauges (d’où l’origine du titre de l’album), une région située entre Nantes, Angers et Cholet. Marie-jo et Maurice racontent leur enfance pauvre mais heureuse où le travail des jeunes commençait dès l’age de 14 ans en usine ou chez un patron.

Nous suivons au cours de la lecture l’évolution des idées dans cette région rurale, catholique et ouvrière dans les années 50  jusqu’aux années 80. L’arrivée d’un jeune prêtre va bouleverser leur vie. Il leur fait comprendre qu’ils ne doivent que compter sur eux pour s’en sortir et améliorer leur sort. Ils se lancent dans la  J.O.C. Ils découvrent la mer et le syndicalisme.

Les dessins en noir et blanc sont expressifs et rendent, tel un reportage, cette atmosphère rurale de petit village retranché mais où l’entraide est sûre. Le texte se lit facilement. L’auteur n’oublie pas de nous informer des évènements marquants au point de vue religieux, historique et technique. Le tout est un régal où l’ennui n’a pas sa place.

C’est une belle tranche de vie qui témoigne avec respect et tendresse de l’évolution de toute une génération.

Les mauvaises gens d’Etienne Davodeau, Delcourt, Collection « Encrages », août 2005, 185 pages

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Coupures Irlandaises

24 février 2014

Au cours d’un séjour linguistique dans une famille d’accueil à Belfast, Nicolas et Chris, deux jeunes bretons, découvrent la dure réalité du conflit Nord Irlandais dans les années 80. Pluie, grisaille et petites irlandaises sont au programme mais l’histoire « avec sa grande Hache » dirait Perec, leur réserve une autre aventure humaine…

Kris, le scénariste du fameux « Un homme est mort », illustré par Etienne Davodeau, nous livre ici l’expérience de son adolescence où, à 14 ans, il s’est retrouvé plongé dans les tensions vécues par une famille irlandaise catholique habitant un quartier encerclé par les militaires britanniques. L’expression du dessin de Vincent Bailly, ses couleurs donnent au récit toute la profondeur d’une expérience adolescente.

Coupures Irlandaises, (S : Kris ; D : Vincent Bailly) Futoropolis, mai 2008, 80 pages dont 16 pages de dossier historique

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Le 11e jour

14 février 2014

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Dessinatrice d’« Un drôle d’ange gardien », Sandrine Revel livre habituellement un dessin enfantin. Ici tout bascule et le lecteur avec.

Présente à New York  lors du 11 septembre, elle partage ses émotions, à contre courant des images spectacles qui nous ont alors submergés. Tout en luttant contre les angoisses qui la paralysent (elle est alors en plein deuil de son frère), elle entend témoigner de ce moment à travers sa propre sensibilité. C’est ce qui fait toute la force de cet album.

Le dessin, réalisé au crayon puis retravaillé par ordinateur, se déploie en une palette de couleurs ocres et marrons nous livrant à l’ambiance surréaliste d’un Manhattan envahi par la fumée. Du trait aux couleurs, en passant par le découpage, cet album privilégie la vivacité de l’événement. Un bel exemple de création autobiographique qui sert d’exutoire à l’auteur comme aux lecteurs.

Le 11e jour, de Sandrine Revel, chez Delcourt, juillet 2002, 47 pages

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Une chance sur un million

7 février 2014

Couverture Une chance sur un million

Une leçon d’humanité!

Laia naît. Dès les première heures, les médecins s’affolent. Le diagnostic tombe: Laia est handicapée. Cris et Miguel, les dessinateurs, scénaristes mais avant tout les parents racontent ici les épreuves qu’ils ont eu à surmonter. Entre les examens médicaux, l’aide de la famille, des amis, les massages, le boulot, les regards intolérants, nous suivons ce couple tout au long des premières années de vie de Laia, une enfant rayonnante avec un regard enjôleur. Malgré un thème dur, redouté, les parents racontent ici avec simplicité et force leur histoire. Ce tome, plein d’émotions, nous apporte une vrai leçon d’humanité.

Les dessins s’alignent avec le ton employé: des lignes simples, des dessins en noir et blanc qui appuient la force des sentiments des personnages.

A lire, relire.

On retrouve des airs de « Pillules bleues » : la vie quotidienne d’un couple confronté à une rude épreuve mais aussi de « l’ascension du haut mal » avec le combat des parents avec le handicap et la représentation ‘du mal’.

Une chance sur un million, (S : Miguel Giner Bou ; D : Cristina Duran) Dargaud, mars 2010

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une chance sur un million

Pyongyang

4 janvier 2014

Guy Delisle est un dessinateur Québécois installé en France. Il est aussi bien auteur de Bandes Dessinées qu’animateur de dessins animés. Dans ce cadre, il est envoyé durant trois mois pour superviser le travail d’intervallisme en Corée du Nord dont les tarifs sont imbattables dans le domaine de l’animation. Le lecteur est invité, comme dans l’album « Shenzhen », à découvrir la vie dans la capitale d’un des états les plus fermés du monde.

A Pyongyang, les étrangers sont aussi rares que surveillés. Il ne faudrait pas que leur présence, encadrée d’un guide et d’un traducteur, vienne à pervertir les mentalités des masses laborieuses entièrement acquises au « Juché ».

Dans les dernières pages de Shenzhen, Guy Delisle nous avait prévenu : « Si un jour je mets toutes ces anecdotes en images, ça donnera forcément l’impression d’avoir été un séjour formidable. J’imagine que même l’ennui, une fois sorti de son contexte, se sublimera et prendra une forme divertissante… un peu comme fait la mémoire ». Avec son art de garder sa distance tout en racontant ce qu’il vit, l’auteur construit un album étonnant où se croisent choc des cultures, fraîcheur de vue, tendre ironie de l’anodin et surréalisme des conditions de vie.

Chronique autobiographique, reportage, cet album est surtout un bijou de narration où le moindre détail quotidien renvoie à une conception de l’homme et de la société qu’il peut construire. C’est une immense invitation à un voyage intérieur et social au dépaysement garanti !

Pyongyang par Guy Delisle, édité par L’Association, collection « Ciboulette », 176 pages en noir et blanc, mai 2003

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Persépolis

27 décembre 2013

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Sous forme de long métrage d’animation ou de bande dessinée, cette œuvre de Marjane Satrapi a justement reçu le succès qu’elle mérite. Ce classique de la bande dessinée met en scène son auteur de son enfance à l’entrée dans l’age adulte.

Elle décrit avec beaucoup d’humour la traversée tumultueuse de la révolution iranienne ainsi que celle, non moins périlleuse de l’adolescence. Nous découvrons à travers le regard d’un enfant le déroulement de la révolution iranienne et la chute du Chah, l’arrivée des religieux au pouvoir. Cette fille trop libre et indépendante car trop occidentalisée, doit s’exiler en Autriche et découvre l’Europe avec ses libertés et ses préjugés. Suit une lente et inexorable descente aux enfers dans cette culture qui lui est étrangère avant un retour en Iran qui la sauvera mais qui la poussera à s’aventurer dans un mariage hasardeux.

Le dessin de Marjane Satrapi est simple, monochrome (noir), constitué que d’aplats. Il permet ainsi de se laisser captiver par l’aventure de cette femme en devenir, tiraillée par deux cultures.

L’humour permet de prendre du recul face à une histoire qui pourrait avoir des côtés tragiques et recentre toujours vers la vie qui jaillit là même où d’autres voudraient la juguler. A lire absolument.

Persépolis, intégrale T. 1 à 4, de Marjane Satrapi, intégrale, Edition de l’association, collection « Ciboulette », novembre 2000 à août 2003

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La résistance du Sanglier

11 décembre 2013

L’auteur retrace avec sa plume, l’histoire de son grand-père dont l’ombre semble avoir pesé sur ses vacances dans le Loir et Cher. Et voici le grand-père croqué sous les traits d’un étonnant et robuste sanglier qui, sous couvert de cultiver tranquillement ses plans de salades fait dans la résistance face à l’ennemi d’alors : les troupes d’occupation allemande puisque nous sommes en 1942 à Selles sur Cher…

Stéphane Levallois offre un superbe travail sur ses encrages : des noirs profonds avec de l’encre de Chine, très épaisse, très pâteuse, et de l’acrylique noire pour les aquarelles. Ses planches communiquent à la fois la rêverie poétique de son récit et la lourdeur, le poids de l’époque d’alors. Le dessin, tout en pudeur en économie, parle à la place des personnages, donnant aux émotions une force communicative inattendue.

Un très bel album de mémoire !

La résistance du Sanglier de Stéphane Levallois, août 2008, Gallimard, Futuropolis 120 pages (21,5x29cm)

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Blankets, manteau de neige

12 novembre 2013

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Craigh Thompson nous offre un beau roman graphique largement inspiré de sa vie. Dans cette bande dessinée très épaisse, le narrateur nous retrace son itinéraire adolescent.

Issu d’une famille modeste et puritaine dans l’Amérique profonde, ce garçon humilié par ses camarades découvre lors d’une colonie de vacance les effets d’un premier émoi amoureux. Il rencontre Raina, une fille de son âge qui permet de faire éclore en lui une vie trop étouffé par l’étroitesse religieuse de son milieu. Malheureusement son histoire d’amour restera sans lendemain sans grande raison, et rien ne sera plus comme avant…

Par un jeu de flash-back, nous découvrons la vie du héros en promiscuité avec son frère, ses traumatismes d’enfance et la voie de libération qu’il va tracer loin d’une vocation de pasteur qu’on veut lui imposer. Petit à petit il va devenir lui-même loin de l’univers irrespirable de sa ville natale et se consacrera au dessin.

Ce récit est magnifiquement servi par un dessin en noir et blanc qui réussit merveilleusement à transmettre les sentiments intimes du héros. Ce livre est fabuleux, et son jeune auteur mérite d’être suivi de près par ceux qui auront apprécié son style si personnel.

Blankets, manteau de neige, de Craig Thompson, Casterman, Collection « Ecritures », mars 2004, 582 pages.

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