Posts Tagged ‘noir et blanc’

Pétra chérie

5 mai 2014

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336 pages de trait fin, classique, à en faire pâlir d’envie des albums comme Ethiopiques d’Hugo Pratt.

Car c’est encore d’Italie que surgissent ces planches aussi fascinantes que leur belle héroïne Petra de Karlowitz, mélange de Louise Brooks et de Mata-Hari. Attilio Michelluzzi, fils d’officier aviateur, architecte, devra au coup d’état qui renversa le roi de Libye, de se mettre tardivement à la Bande Dessinée… De son enfance en Istrie, sur les marches de l’ancien empire austro-hongrois, du ronronnement des moteurs d’avion, des glorieux faits d’armes du Baron Rouge ou de Mermoz, il fera jaillir de 1977 à 1982 cette superbe aventurière qui sème le trouble de son charme et de ses actes de bravoure à travers l’Europe de la première guerre mondiale, des Flandres à la Turquie.

Les épisodes sont courts, bien saisis. La narration est efficace jouant entre humour, suspens, drame et distance. Le rocambolesque des situations s’appuie subtilement sur une solide documentation, sans jamais peser sur le rythme endiablé du récit. Le noir et blanc des planches fait dans la dentelle hachée, nerveuse, énergique, tour à tour sensuelle, psychologique, bonhomme, poétique. Quel art !

Petra de Karlowitz marque le chant du signe d’un monde où l’élégance et la noblesse croyaient encore gouverner comme les derniers Seigneurs de guerre… sans entendre la barbarie victorieuse sur tous les chants de bataille.

Un grand classique sur l’histoire qui bascule !

Pétra chérie d’ Attilio Michelluzzi, édition intégrale par Mosquito, décembre 2008, 336 pages (24×30)

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Ibicus

1 mai 2014

Ibicus ? C’est le litre d’un roman d’Alexis Tolstoï datant des années 20 que Pascal Rabaté achète par erreur aux puces… croyant découvrir une œuvre de l’auteur de « Guerre et Paix » qui, lui, s’appelle Léon Tolstoï !?! Et ce fut le coup de foudre… qui valut au dessinateur, pour le Tome 2, le Prix du meilleur album de l’année 2000 à Angoulême.

Cette libre adaptation se révèle être une très grande œuvre graphique, une histoire époustouflante sur l’imposture !

Siméon Ivanovitch Nevzorov, comptable à Petrograd, s’ennuie au lit, au bureau. Il rêve et voilà que la Révolution de 1917 va lui apporter sur un plateau ces aventures qu’il désirait tant mais qu’il repoussait. Son cynisme et son opportunisme vont pouvoir s’en donner à cœur joie ! La prédiction d’une vieille gitane se met enfin en place. Elle lui avait révèlé qu’il était né sous le signe du crâne qui parle : l’ibicus, et lui avait donc prédit que lorsque le monde s’écroulerait dans le feu et le sang il vivrait des aventures extraordinaires, mais qu’il serait riche !

Le voici embarqué jusqu’en Turquie dans un voyage plein de péripéties, d’arnaques, de violence, de misère, de sexe et de drogue ! C’est cruel, dérisoire, amoral ! C’est passionnant ! L’âme humaine y est ici rendue dans sa noirceur et son malheur !

A la fois peinture, à la fois théâtre de papier, le dessin en noir et blanc avec ses clairs-obscurs, avec ses angles fuyants, distordus, avec ses découpages ou ses larges plages, épouse le destin torturé du personnage, ses fuites, ses lâchetés. Pascal Rabaté fait feu de tout « bois » en mélangeant les techniques graphiques. Il lave et délave ses feuilles ou les épaissit de matière. Passant du lavis à la peinture, traçant en finesse des courbes au pinceau ou jetant la gouache comme au couteau, il s’arrête au minuscule comme il campe des panoramiques impressionnants avec des champs et des contrechamps, des formes stylées ou distordues, des nets ou des flous. Quel souffle !

Du très grand art expressionniste !

Ibicus, Série complète de 4 tomes de Pascal Rabaté, Vents d’Ouest édités de juin 1998 à novembre 2001, édition intégrale de 536 pages en novembre 2006

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Pilules Bleues

20 avril 2014

Cet album est un chef d’œuvre d’intimité !

Si vous aimez ce genre autobiographique, si vous acceptez la beauté austère d’une histoire qui ne peut tolérer la fausse pudeur ni l’exhibitionnisme racoleur… alors Frederik Peeters vous offre un autre regard sur la vie à travers un couple qui se forme et affronte ensemble la séropositivité.

Les planches en noir et blanc sont épurées, lumineuses mais tendues. Les personnages y gagnent une étonnante intensité expressive avec les grands yeux de Cati, le regard très impressionnant, exorbité, de son enfant.

Une grande tendresse s’en dégage avec humour, profondeur et poésie. Les dialogues sont aussi d’une extraordinaire finesse, délicate, attachante… jusque dans la rencontre d’un Mammouth !

Un monument de vie !

Pilules Bleues de Frederik Peeters chez Atrabile, collection « Flegme », octobre 2001, 190 pages

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Incertain Silence

17 avril 2014

Ces planches sont consacrées à Joe, un sosie de Buster Keaton, peintre muet et itinérant en ce début de siècle.

Sa rencontre avec Jim, poète bavard et lourd, va troubler son errance et le faire s’empêtrer entre petites frappes et policiers, tandis que d’autres artistes en goguette vont lui faire découvrir une jeune modèle dont il tombe amoureux..

Le trait noir de François Ayroles est superbe en lui-même. Mais il réussit aussi, sur fond de conversation muette, un superbe ballet primesautier avec ses personnages haut en couleur, tout entier taillé, cisaillé de noir et de blanc… C’est drôle, c’est grâve, c’est touchant !

Un magnifique album rocambolesque digne d’un Charlot des temps modernes !

Incertain silence de François Ayroles, L’association, collection « L’éperluette », Septembre 2001, 92 pages

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L’Ascension du Haut mal

16 avril 2014

Quand le dessin rend une autobiographie universelle !

Il faudra en tout 6 tomes à David B pour raconter l’histoire de cette maladie qui entraîne son frère Jean Christophe et toute sa famille.

C’est à la fois la société des années 70 qui se dévoile avec sa macrobiotique, ses utopies communautaires, son anthroposophie… et en même temps toute l’intimité d’un enfant qui cherche à grandir et qui trouve dans le dessin sa voie pour survivre et vivre.

Car l’épilepsie (le Haut Mal en vieux français) met au banc de la société toute cette famille, les offre en proie aux gourous et aux charlatans jusqu’aux déchirements, aux plus grandes trahisons. David B en tire des planches époustouflantes d’exploration intérieure, tour à tour symbolistes, expressionnistes, minutieuses, factuelles. A travers ses réactions, l’ambivalence de ses sentiments vis-à-vis de son frère, David B livre à son lecteur éberlué, intimidé, tout ce qui va nourrir son univers intérieur d’aventure, d’ésotérisme et de fantastique.

Qui a dit que l’autobiographie était narcissique ?

Un grand chef d’œuvre de la Bande Dessinée à parcourir dans son entier. Personne n’en sort indemne tant chacun peut se sentir atteint au plus profond de son être, entre culpabilité et colère, entre sidération et émerveillement !

L’Ascension du Haut mal, de David B en 6 tomes chez L’Association, Collection « Esperluette », de novembre 1995 à octobre 2003

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Maupassant

10 avril 2014

En avril 2008, les éditions Mosquito ont réédité l’album de Dino Battaglia sur des nouvelles et des récits de Maupassant. L’atmosphère unique de cette écriture est magiquement servie, rendue, prolongée par les dessins en noir et blanc de Battaglia, un des grands maîtres italiens de la BD transalpine, à l’œuvre aussi typée que celle de Sergio Toppi ou de Guido Crepax.

Vous y retrouverez Mademoiselle Fifi, Boule de suif, Mère Sauvage, et les sauvageries banales, étranges, quotidiennes de la guerre de 70 avec des cadrages, des dégradés superbement évocateurs !

Maupassant de Dino Battaglia chez Mosquito, avril 2002 réédité en avril 2008, 108 pages (23×30)

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1890

6 avril 2014

Il faut d’abord feuilleter cet album pour être happé par les superbes et surprenantes planches en noir et blanc de Francesco Ripoli. L’album est à lui-même un univers.

Viennent ensuite d’étonnants personnages, ceux d’un tournant d’un monde qui s’achève, les derniers héros populaires qui ont cru pouvoir faire basculer les raisonnements des grands de ce monde : Buffalo Bill, avec son Wild West Show, et Domenico Tiburzi, un bandit aussi insaisissable qu’il était populaire auprès des pauvres en Italie.

Deux destinées parallèles que Francesco Ripoli fait se rencontrer sous l’objectif d’un photographe censuré…

La lecture est à la hauteur du graphisme, laissant ouverte l’histoire et le mystère des hommes qui l’écrivent à grand coup de vie.

1890 de Francesco Ripoli aux éditions Soleil Productions, collection « Quadrants », juin 2008 en noir et blanc de 104 pages.

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Presque le Paradis

5 avril 2014

On ne s’attendrait pas à découvrir la Toscane avec la trame d’un tel dessin noir et blanc !

Comme si la lumière se faisait soudain fragile dans cette petite ville de Montepulciano lorsqu’il s‘agit de raconter les passions humaines prises entre la violence et le fascisme.

L’univers graphique du croate Danjiel Zezelj, né en 1966 à Zagreb, impose ici une atmosphère d’oppression et en même temps d’enchantement au quotidien qui donne à cette histoire d’amour les dimensions lumineuses des Roméo et Juliette de toujours.

Comme s’il s’agissait ici d’aider le lecteur à croire en la vie malgré les hommes, avec leur guerre, leur bassesse aussi violente que désespérée…

La vie au goût lumineusement amer d’une pâtisserie en spirale d’escargot… ?

Presque le Paradis, de Danjiel Zezelj, Mosquito, avril 2003, 64 pages

Les funérailles de Luce

1 avril 2014

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Les belles pages en noir et blanc de Benoît Springer offrent leur tendresse et leur plage de silence à une petite fille pleine de vie qui passe ses vacances chez son grand-père, ancien garagiste qui vend ses légumes au marché.

Les expressions de son visage font partager aux lecteurs ce qu’elle éprouve lorsqu’elle voit ce que personne d’autre ne sait regarder : une autre petite fille mais drapée de noir qui vient cueillir les âmes de ceux qui vont mourir.

80 pages au large format (23 sur 32) nous font ainsi entrer de manière très attachante, dans cette initiation à la mort. Nous nous approchons avec Luce de ce moment où la vie se dévoile fragile et douloureuse. Un bel album dont on a de cesse de s’imprégner, encore et encore.

Les funérailles de Luce, Benoît Springer, Vents d’Ouest, janvier 2008, 80 pages

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Les Mauvaises Gens

31 mars 2014

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Etienne Davodeau fait revivre à travers ses personnages très attachants le monde ouvrier et ses  combats dans la région des Mauges (d’où l’origine du titre de l’album), une région située entre Nantes, Angers et Cholet. Marie-jo et Maurice racontent leur enfance pauvre mais heureuse où le travail des jeunes commençait dès l’age de 14 ans en usine ou chez un patron.

Nous suivons au cours de la lecture l’évolution des idées dans cette région rurale, catholique et ouvrière dans les années 50  jusqu’aux années 80. L’arrivée d’un jeune prêtre va bouleverser leur vie. Il leur fait comprendre qu’ils ne doivent que compter sur eux pour s’en sortir et améliorer leur sort. Ils se lancent dans la  J.O.C. Ils découvrent la mer et le syndicalisme.

Les dessins en noir et blanc sont expressifs et rendent, tel un reportage, cette atmosphère rurale de petit village retranché mais où l’entraide est sûre. Le texte se lit facilement. L’auteur n’oublie pas de nous informer des évènements marquants au point de vue religieux, historique et technique. Le tout est un régal où l’ennui n’a pas sa place.

C’est une belle tranche de vie qui témoigne avec respect et tendresse de l’évolution de toute une génération.

Les mauvaises gens d’Etienne Davodeau, Delcourt, Collection « Encrages », août 2005, 185 pages

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