A la recherche de Peter Pan

12 mai 2008 by Percevoir

   

L’hiver 1930 dans les Alpes valaisannes… Le glacier menace de céder et le village de montagne doit être évacué. Dragan, un célèbre écrivain londonien, décide de rester. Pour trouver l’inspiration ? En mémoire de son frère pianiste ? A la recherche de cette jeune femme se baignant dans un lac d’eau chaude ?

Tout ici se vit au rythme de la montagne et de la neige.

L’histoire humaine se fait contemplation pour le lecteur qui sait prendre son temps, s’arrêter, randonner, respirer avec les planches magiques, envoûtantes de Cosey.

Ce diptyque d’abord publié en 1985 a été repris en version intégrale par les éditions du Lombard pour inaugurer la renaissance de sa collection Signé. L’éditeur savait qu’il pouvait compter sur ce chef d’œuvre… Il n’a pas été décu !

Un des sommets de Cosey !

A la recherche de Peter Pan, Cosey, le Lombard, édité en août 1984 et en janvier 1985, réédition en version intégrale dans la collection « Signé » en septembre 2007, 135 pages

     

Presque le Paradis

11 mai 2008 by Percevoir

On ne s’attendrait pas à découvrir la Toscane avec la trame d’un tel dessin noir et blanc !

Comme si la lumière se faisait soudain fragile dans cette petite ville de Montepulciano lorsqu’il s‘agit de raconter les passions humaines prises entre la violence et le fascisme.

L’univers graphique du croate Danjiel Zezelj, né en 1966 à Zagreb, impose ici une atmosphère d’oppression et en même temps d’enchantement au quotidien qui donne à cette histoire d’amour les dimensions lumineuses des Roméo et Juliette de toujours.

Comme s’il s’agissait ici d’aider le lecteur à croire en la vie malgré les hommes, avec leur guerre, leur bassesse aussi violente que désespérée…

La vie au goût lumineusement amer d’une pâtisserie en spirale d’escargot… ?

Presque le Paradis, de Danjiel Zezelj, Mosquito, avril 2003, 64 pages

Alpha (1er Cycle : T. 1 à 3)

10 mai 2008 by Percevoir

   

Ce triptyque inaugure en fanfare une excellente série d’espionnage…

Mafia russe, organisations financières, banquier allemand se croisent sur fond de galerie d’art pour un trafic de roubles en la modique somme de 500 millions de dollars… de quoi faire du remue ménage jusqu’à Moscou et brouiller les pistes à coup de revirements et de trahisons…

C’est enlevé, haletant, efficace comme le dessin réaliste de Youri Jigounov. Le décès, à 35 ans, du scénariste Pascal Renard en avril 1996, a mis le pied à l’étrier de Mythic qui a su prendre au vol la qualité et l’atmosphère de l’intrigue dans une Russie post-soviétique.

Alpha est une excellente série qui semble encore trop peu diffusée alors qu’elle joue, sans s’essouffler, dans la même catégorie qu’IRS ou Largo Winch.

Alpha,  Cycle 1, tomes 1 à 3 (S : Pascal Renard, Mythic; D : Youri Jigounov) Le Lombard, Collection “Troisième vague”, édités de mai 1996 à avril 1998

  

Henri Désiré Landru

9 mai 2008 by Percevoir

Le fameux Landru comparait au tribunal, le 12 novembre 1921. Ses derniers mots publics sont pour clamer une dernière fois son innocence des assassinats dont on l’accuse même si sa comptabilité minutieuse l’accable et doit le mener à la peine de mort !

Pourtant… Et si Landru avait été une victime ? Et s’il avait été pris dans un ignoble chantage ? Et si nous étions, nous-mêmes, bernés pour des enjeux inavouables ?

C’est l’hypothèse que Chabouté échafaude pour ses lecteurs à coup de planches somptueuses de noir et de blanc à l’encrage fortement contrasté. Son dessin colle à l’atmosphère du pavillon de banlieue où disparaissent les victimes qu’il a contactées par petites annonces. Tout au long de ces 137 pages au grand format, les compositions de Chabouté jouent sur la répétition de certaines vignettes transformant cette histoire en un refrain lancinant et macabre.

Un album d’une grande force mystérieuse qui revisite l’Histoire avec autant d’imagination que de virtuosité !

Henri Désiré Landru, Christophe Chabouté, Vents d’Ouest, septembre 2006, 137 pages au format 22,8×32,3cm

  

La ballade de la mer salée

8 mai 2008 by Percevoir

Cet album d’Hugo Pratt est le premier à nous faire croiser les aventures de Corto Maltese !

Une voix-off fait parler l’Océan Pacifique et nous embarque sur un bateau commandé par le capitaine Raspoutine qui recueille, après une tempête deux naufragés, Caïn et Pandora Groovesnore, pour ensuite naviguer vers un marin étrangement ligoté sur un radeau de fortune, sort réservé au capitaine dont l’équipage s’est mutiné… le fameux Corto Maltese qui travaille, comme Raspoutine, pour le compte du mystérieux “Moine”, maître de tous les pirates entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée, attaquant les navires dans le Pacifique Sud, pour revendre ensuite les marchandises aux Allemands.

Chaque personnage a sa propre histoire, sa profondeur mystérieuse. Tous se retrouvent pris dans des enjeux qui vont les dépasser : la Première Guerre mondiale… Le dessin sait tisser un extraordinaire envoûtement, une magie romanesque qui s’appuient sur un rythme graphique romantique aussi fin que mystérieux !

Une oeuvre fondatrice du monde d’Hugo Pratt !

La ballade de la mer salée, Hugo Pratt, Casterman, 1975, 170 pages

L’art de la guerre

7 mai 2008 by Percevoir

       

Voici le début de la collection des deux chinois Li Zhiqing et de Li Weimin « L’art de la guerre » aux Editions du Temps (collection Toki). Leurs auteurs ont tenté un défi qui intéressera les amateurs de la culture asiatique : transcrire sous forme narrative ce monument de la littérature chinoise.

En effet, l’art de la guerre est une œuvre littéraire majeure de stratégie militaire qui a marqué l’histoire militaire. De manière systématique, l’auteur donne des principes généraux pour dominer ses ennemis, idéalement, sans verser une goutte de sang. Dans le cas contraire, les apprentis généraux trouverons des conseils pour emporter la bataille. Ce livre écrit au 5ème siècle avant Jésus-Christ, fut traduit au 18ème siècle par le père Amiot, jésuite, et fut le livre de chevet de Napoléon qui s’en est inspiré.

Les fans de mangas seront servis avec la forme narrative typique inspirée des mangas japonais exagérément expressive, une finesse dans le trait et un souci du détail dans les paysages. On y retrouve l’atmosphère à la fois feutrée et violente du film « la cité interdite » de Zhang Yimou.

Attention, c’est un peu violent. La collection (10 volumes annoncés) suit malgré tout l’ensemble de l’original. Idéal pour compléter la lecture du livre de Sun Tzu et découvrir l’histoire de la Chine.

L’art de la guerre  (D : Li Zhiqing ; S : Li Weimin), Série en 10 volumes publiée aux Editions du temps, collection « Toki », le tome 8 a été édité en France en avril 2008

      

Merci à Bencop pour cette nouvelle lecture !

Orbital (T.1 et 2)

6 mai 2008 by Percevoir

   

Ce dytique inaugure une série de science fiction très prometteuse qui renouvelle l’approche et l’univers de sagas comme Valérian ou Sillages.

Caleb et Mézoké forment un tandem aussi improbable que complémentaire. Pour la première fois dans l’histoire de la galaxie des représentants de deux peuples qui se sont entredéchirés, les humains et les Sandjarr, accèdent à un poste de diplomates intermondiaux. A peine formé, le binome s’envole pour Senestam où un colonie humaine exploite illégalement une mine sur un astre qui appartient aux Jävlodes…

Géopolitique, complots, extraterrestres déjantés, suspens, action, rebondissements sont au rendez-vous avec les dessins de Serge Pellé riches, fourmillant de détails et d’invention.

Ne boudez pas le plaisir simple d’une belle embardée galactique ! C’est si bon !

Orbital, (T.1 et 2) (S : Sylvain Runberg ; D : Serge Pellé), Dupuis, collection « Repérages », édités en avril 2006 et juin 2007

     

Les Gouttes de Dieu (T.1)

5 mai 2008 by Percevoir

 

Buveurs d’eau, s’abstenir !

Ce Manga est un hommage extraordinaire au vin !

Ici nul grand affrontement entre de gigantesques empires financiers pour nous tenir en haleine, nulle quête d’espionnage gonflée aux dernières technologies électroniques pour nous faire tourner les pages. L’intrigue se met au service d’une fantastique initiation au vin et aux grands crus.

Tout commence par la décantation inattendue d’un bourgogne pour se poursuivre par les conditions d’héritage que pose un œnologue à son fils s’il veut hériter.

Ce dernier qui n’a jamais bu de vin mais que son père n’a eu de cesse d’initier aux arômes va devoir affronter un jeune expert brillant et vénal que son père avait adopté juste avant sa mort pour lancer un défi à son fils que son éducation a dégoûté du vin…

Malgré une intrigue somme toute légère, Tadashi Agi réussit à tenir en haleine son lecteur et à ne jamais sombrer dans un didactisme œnologique pesant. Les subtilités des terroirs, l’enjeu des appellations s’enchaînent avec finesse et bonheur. Le dessin réaliste de Shu Okimoto accompagne avec richesse ce monde de caves et de restaurants et sait « exploser » ses planches lorsqu’il s’agit de convier le lecteur aux senteurs et aux lueurs d’un vin.

Difficile, en sortant de ce premier tome, de ne pas avoir envie de mettre en œuvre toute cette initiation et d’aller boire une bonne bouteille pour vérifier cet extraordinaire monde de subtilité et de terroir !

Bienvenus dans le monde du goût et des odeurs !

Les Gouttes de Dieu, (T.1) (S : Tadashi Agi ; D : Shu Okimoto) Glénat, collection “Seinen”, édition française en avril 2008. Série prévue en 14 volumes, le prochain devrait sortir en juin 2008

 

Incertain Silence

4 mai 2008 by Percevoir

Ces planches sont consacrées à Joe, un sosie de Buster Keaton, peintre muet et itinérant en ce début de siècle.

Sa rencontre avec Jim, poète bavard et lourd, va troubler son errance et le faire s’empêtrer entre petites frappes et policiers, tandis que d’autres artistes en goguette vont lui faire découvrir une jeune modèle dont il tombe amoureux..

Le trait noir de François Ayroles est superbe en lui-même. Mais il réussit aussi, sur fond de conversation muette, un superbe ballet primesautier avec ses personnages haut en couleur, tout entier taillé, cisaillé de noir et de blanc… C’est drôle, c’est grâve, c’est touchant !

Un magnifique album rocambolesque digne d’un Charlot des temps modernes !

Incertain silence de François Ayroles, L’association, collection « L’éperluette », Septembre 2001, 92 pages

   

Messire Guillaume

3 mai 2008 by Percevoir

   

Le jeune Guillaume de Saunhac refuse d’accepter la mort de son père. Fort d’ingrédients médicinaux qu’il a prélevés du laboratoire paternel qui alliait herboristerie et magie blanche pour soigner les gens, riche d’aptitudes inattendues qu’il va découvrir au long de sa quête, soutenu par la présence du chevalier de Brabançon, d’un joli troubadour et d’une chèvre capricieuse, Messire Guillaume nous ouvre la route des contrées lointaines vers le sommet du monde en compagnie d’hommes-dogues, de visages-torces, d’un aigle-lion.

Le Moyen Age impitoyable et dur laisse surgir un univers fantastique qui revisite en un conte magique les mythes du XIIIème siècle.

Le dessin fin et précis de Matthieu Bonhomme sait jouer avec les espaces et les couleurs. Le scénario de Gwen de Bonneval confère aux personnages une belle épaisseur en un rythme et en des dialogues soutenus.

Une très belle quête initiatique médiévale !

Messire Guillaume, (T.1 et 2) (D : Matthieu Bonhomme, S : Gwen de Bonneval) Dupuis, Collection « Repérages », janvier 2006 et mai 2007